L'Homme de Lyon
L'Homme de Lyon - François-Guillaume Lorrain
Coup de cœur / LITTÉRATURE
« Je suis entré dans une traboule du passé » - Le Progrès 18.01.2011

Le journaliste F.-Guillaume Lorrain mélange fiction et histoire dans « L’homme de Lyon »
Quelles sont les parts de l’autobiographie et de la fiction dans » L’Homme de Lyon » ?
Tout est parti de jours difficiles, les derniers que j’ai passés au chevet de mon père. J’ai eu un choc car c’était un homme taiseux, rationnel et ordonné, qui, sous l’effet de la morphine, s’est mis à dire des choses dont je ne savais pas si elles étaient vraies ou pas. Cela portait sur son enfance, je savais qu’il était obsédé par la guerre, par l’affaire Jean Moulin. C’est ce malaise qui a provoqué chez moi le désir d’écrire sur cette période que mon père avait vécu à Lyon alors qu’il était enfant.
Plus tard, il est devenu médecin, s’est installé à Paris, mais a toujours mis le couvercle sur sa vie lyonnaise. Je voulais savoir pourquoi. Mais ce que j’imagine est totalement inventé, je ne voulais pas faire un cours d’histoire.
Votre personnage mène son enquête à partir de photos, dont certaines sont intimes et d’autres appartiennent à l’histoire de Lyon : Jean Moulin, la fusillade de Rillieux…
Je tenais à ce que les faits que j’évoque soient rigoureusement exacts. Je suis donc allé sur tous les lieux d’histoire, où m’a emmené votre confrère historien Gérard Chauvy.
Notamment dans la cour du lycée Saint-Marc, où se noue le drame. Ce fut un peu comme entrer dans une traboule du passé et déboucher sur le présent. C’était très troublant.

Connaissiez-vous Lyon ?
J’ai un vague souvenir d’un appartement très sombre à la Croix-Rousse, à la mort de ma grand-mère, mais j’avais quatre ans. Puis, mon père nous a fait visiter « sa » ville alors que nous étions ados, ma sœur et moi. Naturellement, ça ne nous intéressait pas et il en a été très blessé. Plus tard, en qualité de journaliste, j’ai fait des reportages à Lyon, notamment sur le monde du football. D’ailleurs, depuis la mort de mon père, je soutiens, comme lui, l’OL, alors que toute ma vie, j’ai encouragé le PSG… je suis né à 50 mètres du Parc des princes ! Finalement, avec ce livre, j’assume ma part lyonnaise… Venir ici, c’est tout le sens de mon livre.
Avez-vous découvert ce que votre père vous a caché ?
Non. A sa mort, ma famille a implosé, ma sœur est partie et ne donne plus de nouvelles. Parallèlement, j’ai noué des liens avec un demi-frère que je ne connaissais pas… Mais je voulais surtout écrire sur les dégâts du silence, sur les non-dits, sur la transmission.
Propos recueillis par Françoise Monnet
Le Progrès 18.01.2011