Témoignage de Barthélémy Saccoman
Je m'appelle Barthélemy Saccoman, étudiant en première année à Sciences Po Paris, mon Hypokhâgne B/L au lycée saint Marc fut assurément l'année la plus formatrice de ma vie et je vais tenter ici d'expliquer ce constat imprévu.
Imprévu car j'entrais alors dans cette CPGE motivé mais faute de mieux. Je rechignais à partir en fac de droit et l'autre B/L de Lyon ne m'avait pas accepté. Je sortais alors du secondaire avec un bac E.S mention bien, passionné d'histoire et de philosophie, du moins le peu que j'avais fait en terminale. J'appréciais les sciences humaines en général, les mathématiques ne me dégoutaient guère. Mon prof principal de terminale m'avait alors conseillé cette filière B/L dont j'ignorais l'existence. L'hésitation entre une classe préparatoire aux écoles de commerces, et une Hypokhâgne B/L avait été de courte durée. Le site internet du Lycée Saint-Marc offrait une réponse claire et concise à la plupart de mes interrogations sur les spécificités de la prépa B/L. J'avais par ailleurs eu la chance de pouvoir dialoguer en tête à tête deux heures durant avec l'ancien directeur de la prépa Saint-Marc venu dans mon Lycée. Il m'avait décidément convaincu du bien fondé de faire des mathématiques tout autant que des lettres ou de la sociologie. En raison de mon piteux niveau d'anglais, j'avais écarté tout espoir d'intégrer un I.E.P, renonçant même à m'inscrire aux concours.
La prépa allait m'apprendre à ne plus jamais renoncer. En fait, dès le premier cours, les paroles mémorables de professeur de sociologie concernant le rythme de prépa, les khôlles, les concours, avaient achevé d'écarter de moi tout fatalisme stérile.
C'est en prépa que j'ai appris grâce à la philosophie, la littérature, l'histoire et la sociologie que nous étions tous déterminés par nos pairs, nos familles, nos sentiments, nos appétits en tout genre, notre groupe social. Mais c'est aussi en prépa que j'ai constaté qu'il était possible, dans une certaine mesure, de surmonter ces déterminismes. Comment? Archimède disait qu'il pourrait soulever le monde pourvu qu'on lui fournisse un point fixe. Et bien la prépa procure, pourvu qu'on s'investisse, des points fixes, et même des leviers, qui permettent de réaliser avec élégance ce qu'on n'osait imaginer. Et c'est ce qui est merveilleux en prépa, c'est que chacun peut disposer de leviers pourvu qu'il accepte ceux proposés.
J'ai bien dit proposés car, et je pense que c'est là une caractéristique du lycée Saint-Marc, les professeurs n'imposent pas leurs leviers, et encore moins leurs schèmes de pensée ou leurs fourre-tout. J'irais plus loin encore en disant que c'est là un grand atout de la prépa du lycée Saint-Marc: c'est une des seules qui joue véritablement le jeu de la B/L. J'entends par là respecter le principe de pluridisciplinarité en ne forçant pas sur une matière au détriment des autres, en ne méprisant pas les I.E.P (pourtant bien connu pour être une formation d'arriviste) ou en ne scandant pas « hors l'ENS, point de salut! ». Un véritable panel vous est proposé allant du concours des écoles de commerces voie littéraire avec latin comme seconde langue... à celui des E.N.S.A.I prisé des « math sup ». Vous avez ainsi, toujours dans une certaine mesure, le choix. C'est dans cette prépa que l'avenir vous appartiendra le plus, tout en étant plus que jamais soumis aux côtés aléatoires des concours, mais pour un ou deux ans, vous ne serez plus déterminé. Vous replongez dans une espèce de studieuse contingence. S'il apparaît de bon goût de décrire la prépa comme un bagne, je précise que l'on est jamais aussi libre que dans ce bagne apparent. C'est en prépa que l'avenir retombe entre nos mains, à condition de le saisir.
Veillons toutefois à ne pas avoir une vision trop angélique de la prépa. Les mêmes leviers, qui permettent de réussir les concours, peuvent apparaître, selon le goût du travail, de l'étonnement, et de l'éveil de chacun, comme de doux voiliers, mais aussi des chevaux turbulents qui vous désarçonnent, ou même des instruments de torture. Le levier des maths, par exemple, m'était insupportable et en le repoussant poliment j'ai vécu de mauvaises khôlles. Celui des lettres était désarçonnant, toujours passionnant, mais souvent frustrant. Ceux de philosophie et de sociologie m'étaient plus favorables.
Pour revenir à la spécificité de la prépa Saint-Marc, je dirai qu'elle est, plus que toute autre, une auberge espagnole: on y trouve avant tout ce que l'on apporte. Si vous n'y apportez rien, vous repartirez les mains vides. Mais si vous venez avec de l'endurance et de la curiosité intellectuelle, car c'est une qualité essentielle en B/L, alors vous ferez de l'histoire, de la philosophie, de la sociologie et j'en passe, comme vous n'en avez jamais fait. C'est là une occasion unique de vous consacrer à l'étude. Car ensuite on se lance avec délice dans les choses futiles et l'on se réfugie dans l'action permanente et le divertissement pascalien. Mais si le contenu des cours de prépa s'efface, les méthodes restent : elles sont efficaces et nous sommes tous utilitaristes.
L'unité des enseignements de la prépa B/L, c'est la Vie des hommes. Plus jeune qu'un hypokhâgneux, Arthur Schopenhauer, à seize ans seulement fit cette réflexion intéressante pour tout étudiant: « La vie est un dur problème, j'ai résolu de consacrer la mienne à y réfléchir. » Peu d'entre nous tiendrons la résolution de Schopenhauer, alors, laissons nous y consacrez deux petites et fortes années.
Barthélémy Saccoman
PREPA B/L LYON - LYCEE SAINT-MARC - PREPA B/L LYON