Témoignage de Delphine Rougier
Je suis à Sciences Po Paris, en campus décentralisé à Dijon et je ne regrette pas mon choix. Bien sûr les cours sont intéressants mais trop souvent limités en termes d’approfondissement et de stimulation. Là me semble être le cœur de la B/L (en tout cas, comme je l’ai vécu à St Marc) : Les cours ne font pas seulement appel à vos neurones mais aussi est surtout à votre ressenti et à vos capacités humaines. Je sais que l’année dernière, je disais parfois –de plus en plus régulièrement au fil de l’année- faire preuve d’une saturation vis-à-vis de la « spéculation intellectuelle ». Avec le recul, je crois que cette spéculation est présente dans une large partie des milieux universitaires et souvent moins stimulante qu’en prépa. Cette année je me suis vue quelque fois regretter de ne pas avoir été en khâgne, mais j’ai l’impression que l’hypokhâgne est davantage un lieu de découverte et surtout d’approfondissement, la khâgne me semble (d’après les témoignages des khâgneux) être un véritable apprentissage des éléments à intégrer dans une copie de concours… ce qui me semble moins stimulant, mais il s’agit ici d’une opinion strictement personnelle.
Il est vrai que je n’ai pas vécu la prépa dans cette optique là. Baccalauréat ES, j’ai eu les félicitations et bien évidemment je n’avais pas demandé Sciences Po (sur le coup je l’ai franchement regretté). Je voulais « faire une prépa », pour « être un peu plus cultivée », pour être plus armée et sans doute appréhender un concours avec davantage de confiance en moi. Mon dossier me laissait espérer être exemptée d’écrit et n’avoir que l’oral de Sciences Po à passer. Si ce n’avait pas été le cas, j’aurais passé le concours et sans doute serais-je en khâgne… Je me suis donc concentrée sur l’hypokhâgne en soi, et non sur les IEP. Je pense que je voyais les choses non comme une exigence (même si il y a eu des moments difficiles) mais comme une opportunité, comme possibilité de réflexion et d’apprentissage que je n’avais jusque là jamais rencontrée. Aussi, j’étais bien entourée, ce qui me permettait en rentrant le soir de souffler un peu, de ne plus y penser pendant un petit moment. Je travaillais surtout le matin… réveil à 5h00 oblige !
Le propre de la B/L, mais sans doute vous l’a-t-on déjà dit et répété, c’est la pluridisciplinarité, chaque cours vous apporte quelque chose de différent, non seulement dans le contenu mais aussi dans la forme, dans la méthode. Pour être franche, vous avez souvent l’impression désagréable qu’ils se contredisent, qu’ils ne peuvent pas être pensés dans un tout et vous cherchez votre voie à vous. La B/L vous oblige dans sa structure même à être critique, et à penser des points de vue contradictoires… d’où parfois une légère sensation de schizophrénie. Comment trancher entre des cours de socio. qui vous donne une appréciation concrète de la société et des cours de philo fondés sur le « génie », aristocratique et cynique, vis-à-vis de l’individu lambda et de la bêtise humaine ? J’ai fait mon choix… Même si celui-ci tient plus de la synthèse.
Synthèse, disais-je. Il paraît qu’en B/L on apprend à être synthétique. De mon côté, je prenais beaucoup plus de plaisir à être « analytique » (le mot est un peu pompeux mais l’idée est là). Le format 6h00 de DS me convenait donc parfaitement. Et bien, sans doute que des capacités de synthèse m’ont atteint malgré moi : je n’ai encore jamais rendu une dissert non terminée à Sciences Po, y compris en 3h00, ce qui pour ceux qui me connaissaient peut paraître relativement peu croyable. La version négative serait de dire qu’approfondissant beaucoup moins les cours et ayant tendance à me reposer sur mes acquis, j’ai moins de choses à dire…
Je tiens à préciser une dernière fois que je suis dans une phase post-prépa. C’est dire qu’un sentiment de vide intellectuel, de « plus jamais, je n’atteindrai ce niveau de réflexion », me conduit à occulter les doutes, les envies de partir et les crises de nerfs. Je mystifie sans doute cette année mais je peux vous garantir que l’on en sort grandi et que les amitiés qui naissent en prépa sont d’une intensité rare.
Dernière chose… la B/L est une vrai leçon d’humilité, pour ne jamais oublier que ce que vous connaissez ou pensez connaitre n’est qu’une infime partie des possibilités de connaissance et d’apprentissage…
Delphine Rougier
PREPA B/L LYON - LYCEE SAINT-MARC - PREPA B/L LYON